La misogynie et la lâcheté
Mardi 8 décembre 2009Le 6 décembre dernier, j’ai participé en famille à la commémoration de la tuerie de Polytechnique. Lors de la minute de silence, ma petite fille Cloé s’est mise à paniquer. Comme si elle réalisait la gravité du moment. Un silence glacial, par un temps glacial. Une peine immense, partagée par des centaines d’anonymes, l’a sorti de l’insouciance de ses deux ans. « Maman, maman ! » répétait-elle, inconsolable. Sa mère était à quelques pas, mais ses petits yeux n’arrivaient pas à la voir dans la foule en deuil. Elle a bien senti la douleur qui nous assaillait en pensant à ces 14 jeunes femmes frappées - ainsi que les survivants, leurs familles et leurs amis - par la misogynie et la lâcheté. Peut-être réalise-t-elle tous les obstacles qui se dresseront devant elle parce elle est une femme. Peut-être ressent-elle toute la douleur et toute la souffrance que trop de ses consœurs doivent subir sous le joug de la violence, de la pauvreté et de, trop souvent, l’indifférence.
Papa n’est pas vraiment en état de la consoler, même en la serrant fort dans ses bras. C’est que la colère l’habite encore. Colère et honte d’être du même sexe que ce minable qui, trop faible pour se prendre en main, déverse sa haine sur les féministes et les femmes. Et avec une carabine encore! Quel lâche. Minable ET lâche… il n’y a pas de gloire à être un homme. Colère aussi parce papa a lu trop d’idioties sur internet ces derniers temps. Les « masculinistes », ces irresponsables paranoïaques qui accusent la moitié de l’humanité d’être responsable de tous leurs malheurs, inondent blogues et site web de leur délire. Crisse! Il ne leur est jamais venu à l’idée que s’ils étaient des ratés, c’est peut-être parce qu’ils passent trop de temps derrière leur ordinateur plutôt que de socialiser?
Cloé s’est enfin calmée. Elle a rapidement oublié. Comme nous tous d’ailleurs. N’empêche, elle a été particulièrement cajoleuse avec Papa tout le restant de la journée…
C’est beaucoup pour elle que je suis féministe.
